La catastrophe pétrolière du moment fait couler beaucoup d'encre. Sur le capitalisme et ses travers, sur la responsabilité des patrons véreux, sur le pouvoir des actionnaires. Tous des pourris !
C'est probablement pas complètement faux, mais il ne faudrait pas oublier de nous mettre dans le même panier...
Aurions nous soutenu un BP exemplaire ?
Ou plus directement, serions nous allez chez BP plutôt qu'ailleurs, si ce dernier avait prouvé qu'il était exemplaire dans ses méthodes ?
Serions nous prêt à payer l'essence plus cher ? 10, 20, 30 centimes plus cher au litre pour un BP exemplaire ?
Serions nous prêt à accepter qu'une boite exemplaire, vende l'essence plus cher parce que ça coute cher d'être exemplaire, mais aussi pour que les actionnaires de cette boite touche plus de dividende ?Car finalement eux au moins, on serait un peu plus d'accord qu'ils soient riches ?












mouais
Ecrit par paulin, le Vendredi 16 Juillet 2010, 11:32
je ne pense pas que les consommateurs puissent toujours être des juges efficaces. il faudrait aller vérifier personnellement ce que total fait au nigeria.
le plus pragmatique est que les états fassent leur travail : taxer les pollueurs, pour que la pollution se retrouve dans le prix à la pompe, et que le consommateur n'aie plus à réfléchir.
bref : il faut une taxe carbone (et dans le cas BP une amende colossale)
← Taxe Carbone
Ecrit par Monrdhil, le Vendredi 6 Août 2010, 13:08
Une taxe carbone, oui, mais à quel niveau ? Sur quel périmètre ?
C'est bien la difficulté recontrée par Jean-Louis BORLOO, qui a vu le Conseil Constitutionnel considérer comme non conforme la précédente contribution carbone.
Le niveau devra être élevé pour réellement prendre en compte l'ensemble des impacts sur l'environnement, et potentiellement donner aux pouvoir publics la capacité d'y remédier !
Ecrit par jcm, le Samedi 17 Juillet 2010, 09:34
"Nous", mais... qui et pour quel impact ?
Le "Serions nous prêt à payer l'essence plus cher ?" permet de supposer que ce "nous" est l'utilisateur final de carburant servi à la pompe, le "particulier" que nous sommes tous.
Quelle est la part dans le CA et dans les bénéfices du carburant vendu aux particuliers pour une entreprise comme BP ?
C'est une part probablement significative mais qui est loin de constituer l'essentiel des recettes.
Sur cette part quelle est la proportion de carburant vendue à des "consommateurs" qui ne seraient pas captifs par rapport à un prix le plus bas, c'est à dire quel est la proportion de "consommateurs" qui pourraient faire le choix "éthique" de payer 10 à 30 centimes plus cher le litre sans mettre en danger leur propre économie ?
A noter que, pour une multinationale comme BP, il faut compter le consommateur des pays les plus comme les moins développés : tenir compte de ce fait implique de prendre en compte celui qui achète du carburant quand il peut se le permettre pour faire tourner son motuculteur, qui assure la survie de sa famille et sert tout autant à la culture qu'au transport vers la ville voisine quand cela est indispensable... etc...
Je crains bien que dans le CA et les bénéfices de BP la part de consommateurs qui pourraient se permettre de payer plus cher le carburant soit finalement extrêmement réduite et dans ce cas une compagnie comme BP ne peut pas se permettre de vendre le carburant nettement plus cher que la concurrence car elle perdrait un très grand nombre de ses clients "particuliers" habituels et casserait tout un pan de son activité.
En ce sens BP est captive du prix moyen pratiqué sur le marché.
Il en irait de même pour ce qu'elle vend à des clients qui ne sont pas des "particuliers" : entreprises de toutes sortes, institutions, états....
Si les prix de BP à la pompe étaient relevés de 10 à 30 centimes par rapport à la concurrence on peut être certains que BP ne vendrait pas une goutte de carburant aux transporteurs routiers, par exemple.
Et ceci au nom d'une "exemplarité" qui aurait permis que la fuite de la fin Avril ne se produise pas ?
Mais il n'est nullement question d'exemplarité dans cette affaire !
Le seul et unique problème est que BP n'a pas fait son travail "dans les règles de l'art", ce qui n'est en rien, et à aucun point de vue, de la responsabilité du consommateur final !!!
Ces "règles de l'art" (terminologie largement utilisée en France lors de la passation de marchés et qui a des équivallents dans bien d'autres langues) supposent que l'on a une bonne connaissance de l'ensemble des caractéristiques, contraintes et risques liés aux travaux que l'on se propose de réaliser.
Dans ce contexte les risque connus doivent pouvoir être maîtrisés, or il est apparu que BP avait volontairement fait l'impasse sur la prévention du risque lié à un endommagement de la tête de puits, quelle que soit la raison de cette décision.
Il s'est écrit que c'était pour réaliser des économies (coût du dispositif), mais cela aurait pu être pour gagner du temps (-> de l'argent encore...) ou pour toute autre raison : le boulot a été mal fait, et cela est injustifiable !
BP n'a pas prévenu un risque connu, qui pouvait s'exprimer et s'est exprimé : mauvais pari, pari perdu, pari indigne d'un grand professionnel... dans lequel le particulier n'a rien à voir car le prix de l'équipement nécessaire à la résolution du risque aurait eu un impact parfaitement insensible sur celui du carburant à la pompe, de surctoît...
En conclusion, et dès lors que l'on ne fait pas d'immenses efforts, mais justement répartis entre TOUS les acteurs (c'est à dire tout le monde sur terre), pour utiliser moins d'énergies fossiles (et nous ne faisons pas d'efforts immenses dans ce sens à ce que j'en sais) la balle n'est pas vraiment dans le camp du petit consommateur final qui remplit de temps à autre son réservoir.
Car la dénomination "petit consommateur final" couvre une très grande variété de situations que l'on ne peut caler sur aucun dénominateur commun, tandis que la part de pouvoir de décision et d'influence de ce "petit consommateur final " tant dans le CA et le bénéfice d'une grande compagnie que dans l'ensemble du "marché" mondial et en fin de compte minime.
Mais pendant ce temps nous venons d'apprendre que nous frisons cette année un record mondial de températures moyennes tandis que les océans continuent à s'acidifier à grande vitesse...
Il y a donc peut-être quelque-chose à faire, qui n'a rien à voir avec le fait de payer son essence plus cher chez telle ou telle compagnie...
Que faire et comment, afin que cela ait un impact réel (sinon autant se reposer !) ?
Souvenons-nous du buzz sur le purin d'ortie en France il y a quelques années : c'était bien parti, avait eu un demi succès avec un recul temporaire des contraintes envisagées, mais les choses sont revenues à peu près au stade initial.
Cela tend à démontrer qu'il faut savoir "taper" fort et juste, au bon moment, mais aussi maintenir la pression jusqu'au résultat final, ce que nous n'avons pas sû faire.
Il en ira de même pour le pétrole, le C02 et le reste : se baser sur des problématiques clef, les analyser avec précision, en trouver les failles, en déterminer les acteurs clef, élaborer contestations et alternatives, être nombreux, très décidés et extrêmement tenaces sur le long terme, dans la durée...
Sinon je ne suis pas loin de penser que ce monsieur pourrait bien voir juste en écrivant : "Homo sapiens will become extinct, perhaps within 100 years..." (Frank Fenner sees no hope for humans)...
← Re:
Ecrit par jcm, le Samedi 17 Juillet 2010, 11:46
Petit retour, quand même, sur les "règles de l'art" évoquées plus haut et qui, dans tous les cas, réfèrent à un cadre législatif, c'est à dire un cadre établi par des institutions en général étatiques ou super étatiques (règles européennes ou mondiales par exemple).
Il me semble que nul n'installerait en Mer du Nord une plateforme pétrolière ou gazière, d'exploration ou d'exploitation, si elle n'était dument certifiée.
Il existe dans cette zone, de la part du Royaume Uni ou de la Norvège par exemple, des obligations de conformité à certains standards, et une obligation de validation de cette conformité par des organismes agréés, comme la Lloyds ou Det Norske Veritas (entre autres).
Il peut donc exister, selon les zones, des cahiers des charges précis qui doivent impérativement respectés et le sont en général.
Ils représentent des contraintes fortes et ainsi en Mer du Nord la certification d'une plateforme passe par la certification des matériaux, de la qualité de leur mise en oeuvre etc...
Ainsi le moindre morceau de métal doit être marqué (numéro de coulée, "cast number") afin que l'on puisse tracer avec précision sa provenance et son "cv" : le numéro gravé renvoie à des certificats d'analyse physique (résilience, dureté, limite élastique etc...) et chimique, il est reporté sur les plans "as built" (tel que réalisé) et permet de remonter jusqu'au nom du soudeur qui a procédé à l'assemblage...
On comprend donc que si BP a pu se permettre de faire le mauvais pari que l'on sait la cause en est imputable finalement au gouvernement US : il n'impose pas la prévention de certains risques, la certification stricte de certaines procédures et dès lors une compagnie a parfaitement le droit (puisque cela ne lui est pas interdit) de jouer certaines cartes comme elle l'entend !
Ayant travaillé dans ce secteur il y a un certain temps j'ai pu constater que l'on pouvait bénéficier d'une assez grande liberté pour des installations prévues pour certaines régions du globe tandis qu'il existait des contraintes très strictes visant certaines autres régions.
Si le gouvernement du Nigéria (entre autres) se montrait très sévère et exigeant sur la qualité des installations et des procédures en oeuvre sur son sol il n'y aurait pas de catastrophe dans certaines zones...
Et s'il avait dès le début interdit le torchage du gaz naturel (qui accompagne le pétrole extrait) on aurait économisé quelques dizaines d'années d'une pollution énorme... mais comme jusqu'à très récemment ce gaz était considéré comme un produit sans valeur... dans un pays où l'on déforeste quand même assez largement pour la confection de charbon de bois destiné à la cuisine... à moins que l'on perce quelque pipe line pour récupérer de quoi cuire le repas et faire tourner quelques moteurs...
Non, toutes les cartes ne sont pas entre les mains des "particuliers" "plus ou moins citoyens"...
← Re:
Ecrit par jcm, le Mardi 20 Juillet 2010, 19:24
Fallait-il faire confiance à BP pour qu'elle effectue correctement son travail ?
A postériori : non, mais a priori : oui, car une entreprise à laquelle nul n'accorderait de confiance disparaîtrait vite de la scène, et l'on peut appliquer cette nécessité de confiance à n'importe lequel de nos partenaires (entreprises, institutions, individus...).
Il ne peut pas exister de société un tant soit peu équilibrée sans des réseaux de confiance qui en sont les armatures.
Chacun cependant a le droit d'exercer son esprit critique, exercice aussi difficile que périlleux à notre époque...
A lire : "En qui peut-on avoir confiance", un extrait de la "leçon inaugurale" de Dominique Schnapper à l'ouverture des "Rencontres de Pétrarque 2010".
Ecrit par finidori, le Vendredi 23 Juillet 2010, 10:56
Le mieux serait de payer pour ne pas exploiter le pétrole.
Comme en Equateur avec le projet Yasuni
http://www.liberation.fr/economie/0101648227-en-equateur-la-biodiversite-vaut-son-pesant-d-or-noir
← Payer pour ne pas produire ?
Ecrit par Monrdhil, le Vendredi 6 Août 2010, 13:11
Ou tout simplement arrêter de consommer du pétrole ...
Cela va être difficile. Mais si tout le pétrole disponible était consommé, le niveau des émissions de CO2 induites serait nettement supérieur à toutes les limites conseillées par le GIEC et aboutirait à un accroissement de la température de 6 à 8 degrés !
Ecrit par cadeaux, le Dimanche 1 Août 2010, 11:35
Vous mettez sans doute le doigt sur quelque chose de fondamental en prenant l'exemple de BP, une entreprise dont l'image et loin d'être lisse, c'est le moins qu'on puisse dire. Le postulat de base reste que pour être exemplaire, il faut faire payer le consommateur final, et ce type de capitalisme sans respect pour l'être humain et l'environnement a tendance à paupériser la classe moyenne, ce qui permet à ce type d'entreprises de perdurer. Donc au final, ce problème remet en question le système économique dans son ensemble, mais se résume un constat d'impuissance, comme si la politique ne pouvait plus avoir aucun impact sur l'économie.
Ecrit par Anonyme, le Mercredi 4 Août 2010, 11:46
Une infographie insctructive.
Cliquer sur "Play" pour voir l'évolution de la pollution sur les côtes.
Ecrit par Carbone 11, le Vendredi 6 Août 2010, 16:02
L'interrogation est plus que pertinente !!
D'autant plus intéressante qu'elle se pose après l'accident.
Soyons honnête, il y a de très forte chance que les gens choissisent le moins couteux.
A juste titre, on pourrait penser aussi, qu'avec les marges des entreprises pétrolières, il est pas forcément nécessaire d'augmenter le prix (rappel : 80% de prix de l'essence sont des taxes...).
Il suffit d'observer le consommateur dans les achats au quotidien : l'alimentation, alors qu'il y en plus une notion gustative et du simple plaisir (l'essence sert juste à nous déplacer oule fuel à nous chauffer.. se sont plus des nécessités)....
Tous coupables
Ecrit par camille, le Mardi 10 Août 2010, 16:25
Bien pertinente question.
Je pense personnellement qu'il est bien beau de critiquer le capitalisme à tout va. Cependant, si le capitalisme fonctionne (et je serais même tentée de dire "fonctionne aussi bien") c'est tout simplement parce qu'en se livrant une guerre des prix sans merci (et donc en "économisant" sur la sécurité, ce qui a les conséquences que nous connaissons quand cela se passe mal), les entreprises, grandes comme petites, récoltent des clients par centaines voire centaines de milliers.
Peu de gens se préoccupent d'où vient leur produit, tant qu'il est le moins cher.
Les entreprises, dans cette course au prix le plus bas sont donc bien tentées de négliger certains aspects, les premiers étant donc l'environnement, la sécurité et autres.
Après, à mon humble avis, il y a ceux qui se font avoir et qui payent pour tout les autres, exactement comme en cyclisme avec le dopage.
Ne soyons donc pas si naives et naifs (même si je ne dis pas que toutes les entreprises sont à ranger à la même enseigne, heureusement que non d'ailleurs), et n'oublions notre part de responsabilité dans le système, car après tout, nous sommes surement ceux qui ont le plus de pouvoir dans le système en général et si le capitalisme fonctionne, c'est bien parce que les consommateurs achètent et que tout le monde finance le système sans rechigner.